Julien

Je pense sincèrement que l'art doit parler pour l'artiste. Nous ne sommes que des messagers après tout; transmetteurs de nos créations en réponse à notre vision du monde. Chacun est libre de recevoir le message de la manière dont il l'entend, chacun est libre de le transmettre à son tour, agrémenté ou non de sa vision qui lui est propre. Le dialogue se crée, l'art vit. C'est assez simple conceptuellement parlant, non ?

C'est pourquoi j'aurai beaucoup de peine à vous parler de ma personne ici même.

Tout ce que je peux éventuellement raconter c'est que mon avis sur la question de la relation entre l'artiste et l'art est qu'il doit y avoir le moins d'intermédiaire possible entre l'humain et ce qu'il souhaite exprimer. Par "intermédiaire" j'entends tout ce qui peut intervenir entre le message que veut transmettre l'artiste et le message lui même. Pour un musicien, ce serait de pouvoir jouer la musique, sa musique, de la manière la plus naturelle possible. "Naturelle" ne signifie pas  "s'exprimer par le biais de plans acquis", bien au contraire. Lorsqu'on parle, oralement, on développe inconsciemment dans notre phrasé des nuances et des formules rythmiques pouvant paraître alambiquées. On effectue ces choses complexes sans même s'en rendre compte car "parler" est quelque chose de naturel. Pour l'art, je pense que ça devrait être similaire. Dans le cadre de la musique, il faudrait s'extirper des bases déjà maîtrisées pour se les approprier et délivrer un message qui nous est propre, avec nos propres mots, qui pourtant seront compris du plus grand nombre. Cette dernière condition est peut être la plus importante; on partage un tronc commun culturel qui nous rassemble et nous lie, le grand objectif de l'artiste est peut être de créer sa propre voie, sa propre voix, tout en conservant un équilibre des plus complexes à définir.

Ce chemin passe, selon moi, par 3 étapes essentielles relatives aux "règles". Pour commencer, il faut apprendre la règle. Je suis ici batteur, dans mon cas il s'agit d'apprendre le fonctionnement de mon instrument. Les rudiments, l'accordage, le placement rythmique, créer les réflexes musculaires nécessaires à la pratique de la batterie ... Dans un second temps, il faut comprendre cette règle. Comprendre ce que j'ai appris, le maîtriser, lui trouver ses fonctionnalités, le pratiquer, le perfectionner. Puis, dernière étape, cette règle qu'on a su assimiler, il faut la détruire. En procédant de cette façon, on construit notre propre version de cette base.

L'artiste est peut être en lutte perpétuelle contre lui même. Chaque instant de nos vies nourrit notre art et forge notre message.

Pour étayer cette pensée, je conseille le visionnage d'un documentaire de David Gelb nommé "Jiro Dreams of Sushi". Ce documentaire est consacré à Jirõ Ono, un maître sushi mondialement reconnu par ses pairs cuisiniers. Ce documentaire est assez court mais la leçon de vie vaut le détour. Âgé de 85 ans lors du tournage, Jirõ Ono annonçait que prendre sa retraite après avoir passé plus d'un demi siècle à peaufiner et à perfectionner chaque jour ce qu'il sait faire de mieux serait un gâchis. Intéressant n'est-ce pas ?

Tous les propos écrits ci-dessus ne concernent que mon propre avis, ai-je besoin de le préciser. Libre à chacun d'en penser ce qu'il veut.

Ses TOP 5

Longs Métrages de Makoto Shinkai
  • La tour au delà des nuages : Prenant place dans un monde scindé évoquant l'atmosphère glaçante de la guerre froide, ce film traite de la fascination d'enfants vis à vis de cette tour qu'ils aperçoivent au loin, symbole même de la toute puissance du bloc opposant. Au travers du thème cher à Makoto Shinkai, la disparition, on observe les chemins de 3 enfants amis dans cet univers sous tension géopolitique palpable.
  • 5 cm par Seconde : Suite de 3 courts métrages, « 5 cm par Seconde » est surtout reconnu pour le premier d'entre eux. Il narre l'histoire d'un adolescent bravant les péripéties d'un voyage en train interminable pour retrouver l'espace d'un court instant celle qu'il aime. Tout le génie de Makoto Shinkai est contenu dans ces 20 minutes durant lesquelles il ne se passe pourtant pas grand chose à l’écran … mais durant lesquelles nous passons par toutes les étapes émotionnelles possibles. Chaque minute passée dans ce train est une minute de perdue qui pourtant les rapproche. Et ce n'est que le premier des 3 courts métrages.
  • Voyage vers Agartha : C'est celui que j'ai le moins apprécié. Paradoxalement c'est aussi celui dans lequel Makoto Shinkai assume et affiche son amour pour Hayao Miyazaki. Aller en Agartha retrouver un être perdu est prétexte à un essai dans le domaine du fantastique, jusqu'ici non abordé par le réalisateur (Makoto Shinkai a débuté sa carrière de cinéaste par le biais d'un excellent court métrage aux allures de science fiction nommé « The Voices of a Distant Star » qui raconte la relation épistolaire entreprise par deux amants s'éloignant l'un de l'autre aux confins de l'espace intergalactique).
  • Garden of Words : Proche du format court métrage (environs 40 mn), Garden of Words est là aussi un coup de génie. 40 minutes pour raconter la rencontre de ces deux personnes anonymes dans un parc. Le génie de ce film réside dans l'absence de contextualisation inutile; les images parlent d'elles mêmes. Loin d'un feuilleton insipide à l'eau de rose, la relation développée par ces protagonistes qui n'ont au départ rien en commun nous passionne tout en nous menant à un point d'orgue d'une puissance émotionnelle à la fois simple mais terriblement envoûtante.
  • Your Name : Kimi No Na Wa, de son titre original, n'est pas un coup de génie. C'est un coup de maître. Makoto Shinkai a réalisé un chef d'oeuvre, classique instantané, qui a déjà ouvert une nouvelle ère dans le cinéma d'animation japonais (tel le renouveau déclenché par Princesse Mononoké). Your Name raconte l'histoire de deux individus qui ne se connaissent pas mais qui, de manière aléatoire, rêvent de la vie de l'autre. De ce postulat pour le moins étrange naît une histoire des plus passionnantes écrite et réalisée d'une main de maître. Mention spéciale pour la bande originale du film composée par le groupe « The Radwimps » qui rend parfaitement honneur aux symboliques évoquées dans le film. Point positif, le film gagne à être visionné au moins une seconde fois pour déceler les détails et indices finement placés tout au long du métrage.
Chansons de l'album « Kaleidoscope » du groupe Transatlantic
  • Into the Blue : Du grand Transatlantic en « seulement » 25 minutes. Tout y est ; on part à l'aventure au détour d'un refrain imparable (signature Neal Morse), on navigue entre riffs pêchus et passages atmosphériques faisant la part belle au guitariste Roine Stolt, le tout lié dans une cohérence sans faille.
  • Shine : Passage « pinkfloydien » de l'album, ballade à la « Wish you were here » qui se conclue par le refrain de la chanson précédente . Une pause bienvenue avant le déluge.
  • Black as the Sky ; « Tube » dont Neal Morse a le secret. Impossible de ne pas chantonner le refrain, impossible de ne pas prendre son pied à travers le passage instrumental alambiqué, difficile de ne pas succomber à une formule aussi efficace, si bien appliquée
  • Beyond the Sun : passage semble t-il « obligé » de la recette, le moment « piano voix ». Nous avions déjà eu la sublime « A bridge Across Forever » sur l'album éponyme, voici ici Beyond the Sun. Et vu que c'est très bon, on savoure.
  • Kaleidoscope : Que serait un album de Transatlantic sans son final d'une moitié d'heure ? Cet hommage constant aux grandes heures de Yes ou encore de Genesis ? Cet amour du rock progressif ? Du délice !!!