Jonathan

Je ne l'ai pas particulièrement choisi, mais je n'ai jamais rien fait comme tout le monde. En même temps, difficile de rentrer dans le moule quand on naît sur l'île la plus multi-culturelle du monde, la bien-nommée Île de la Réunion; quand on grandit dans une grande famille complètement hétéroclite, où sur les visages se mélangent l'Afrique et l'Asie. C'est pas faute d'avoir essayé pourtant. On m'a dit de faire des études, je suis allé faire des études, j'ai vite rebroussé chemin. J'avais trouvé un boulot suffisamment tranquille et bien payé, mon corps a dû se faire du mal pour que je m'admette la réalité: j'aime sans doute trop être libre et indépendant.

J'ai commencé assez tard à découvrir la musique, vers mes 17 ans. Pas de musiciens dans la famille, j'ai rarement eu l'occasion de pouvoir voir et encore moins toucher des instruments. Pourtant, il y avait peut-être quelques appels du pied. Parait-il qu'étant petit enfant, je me figeais quand j'entendais le générique de Ma sorcière bien-aimée. Et "Casser la voix", de Bruel. Au point que mes parents les avaient enregistrés sur VHS. J'adorais les chansons de Dorothée. Au collège, je me suis lancé en atelier de danse et percussions africaines,  j'y étais comme un poisson dans l'eau. J'ai eu le premier 20/20 en chant sur "La maison près de la fontaine" en cours de musique, ce qui avait étonné tout le monde, moi y compris. Je me suis retrouvé presque en transe en jouant du djembé dans cette même classe.
Mes potes de lycée faisaient tous de la guitare, écoutaient Iron Maiden et Dream Theater. Je me suis retrouvé par hasard chez l'un d'eux et il m'a fait jouer Nirvana sur la sienne. J'ai adoré le contact. L'été de mes 17 ans, mon premier salaire est parti dans une guitare électrique blanche et un petit ampli. Mon point d'accroche dans le rock, ça a été Led Zeppelin IV, via "Stairway to Heaven" (c'est cliché, mais c'est la réalité!). C'est peut-être important de préciser que le rock m'était assez obscur avant, mais j'étais imbattable en variété française grâce à mes parents et Radio Nostalgie.

Après mon bac, j'ai voulu faire mes études à la Réunion, pour profiter plus de ma famille là-bas. C'était difficile financièrement pour mes parents, en métropole, de m'aider à y rester. Je suis donc rentré à la fin de l'année scolaire. Là-bas, j'ai eu une intuition. Ça paraît un peu mystique, mais je ne me l'explique pas non plus. Je savais qu'en rentrant, il fallait que je commence la basse, c'était devenu une certitude. Et deux jours après mon retour, j'avais une place dans un groupe; deux semaines plus tard ma Yamaha RBX (encore un cliché!).

Et depuis, je n'ai eu que peu de périodes sans groupe. Heureusement, sinon je ne serais peut-être pas là où j'en suis aujourd'hui. Je n'arrive pas à jouer seul, je déteste jouer par dessus des bandes. Dans le fond, j'ai mis la priorité sur comment développer ma propre voix, ma façon propre de m'exprimer, et les compositions originales sont un terrain de jeu idéal, vierge, où tout est permis.
Trop têtu sûrement pour pouvoir suivre un programme prédéfini, j'ai progressé grâce aux livres, et ressources abondantes sur internet, en autonomie. Après tout ce temps, je ressens tout de même l'absence d'un mentor, d'un guide. C'est le parcours que j'ai choisi, c'est ainsi. J'ai façonné mes forces, mes faiblesses, toujours en restant fidèle à moi-même: ne jamais rien faire comme les autres.

J'ai envie de vous raconter ma rencontre avec ma basse. Je l'ai achetée une semaine avant mon tout premier concert, j’ai travaillé jusqu’à 50h/par semaine en cumulant deux jobs sur les deux mois d’été pour la payer. Je savais que je n’avais pas encore le niveau pour jouer dessus mais je m’étais mis pour défi de la mériter. J’étais parti pour une Precision 60th Anniversary, que j’ai essayée, qui me plaisait, mais sans qu’il n'y ait quoi que ce soit d’exceptionnel. Le vendeur, Max, a absolument voulu me faire essayer la Marcus Miller; j’ai détesté au premier contact. J’ai essayé d’autres Jazz Bass, une Cort, une MusicMan, rien qui n’accroche. Puis j’ai repris la JB MM, et je suis resté très longtemps à jouer dessus, j’ai senti les nuances qu’on pouvait y mettre, et tout ce que je pouvais exprimer en la jouant à force de l’apprivoiser. Je découvre sans cesse de nouvelles subtilités avec cette basse. J’en suis tombé amoureux. Et surtout elle m’a fait découvrir Marcus Miller. Merci à toi Max, de feu "Le Marchand de Son"...

Ses TOP 5

Disques
  • Live At Carnegie Hall / Bill Withers:
  • j'ai une grande fascination pour Bill Withers, et ce disque montre tout ce qu'il était, un excellent songwritter, un artiste profondément humain.
  • Enigmatic Ocean / Jean Luc Ponty:
  • cet album est une invitation au voyage, pourquoi pas à l'introspection. La musique de Ponty, d'une manière générale, peut servir de support méditatif, il suffit de se laisser porter. La ligne de basse, quasiment en ostinato, de Mirage me fait toujours un effet énorme!
  • Live At the Greek / Stanley Clarke, Larry Carlton, Najee, Deron Johnson, Billy Cobham:
  • un line-up monstrueux! La setlist est parfaite, avec de grands classiques revisités, et j'ose le dire, on est vraiment proche d'un concert de rock! La liberté du jazz, l'intention et l'énergie du rock.
  • Tutu Revisited / Marcus Miller:
  • c'est tout simplement ce qu'aurait du être Tutu à l'origine: du jazz groovy, à la fois libre et calibré. Et forcément, le grand Marcus avec une équipe qui balance sévère. Du grand spectacle pour les oreilles.
  • Live in Paris '79 / Supertramp:
  • je trouve qu'on ne cite pas suffisamment Supertramp. On leur reproche de jouer les morceaux tels quels en concert, ce à quoi je répondrais qu'interpréter leur répertoire avec une telle énergie sur scène, c'est tout simplement un véritable tour de force, une performance exceptionnelle. Un grand groupe, au studio, comme à la scène.
Artistes qui m'inspirent
  • Marcus Miller
  • : au delà de la basse, le voir en concert m'a appris énormément de choses. L'impalpable dans la musique, l'énergie, la vibration qui se transmet de l'artiste au public. J'ai pleuré en concert sur Gorée, et je n'étais pas le seul dans le public. Pour moi, il est au jazz ce que McCartney est à la Pop/rock. Le patron, qui met tout le monde d'accord, et pas juste pour leurs aptitudes musicales hors-normes. C'est ce qu'ils sont à l'intérieur qui leur donne cette stature incontestable.
  • Victor Wooten
  • : ses supports éducatifs et son livre m'ont fait comprendre que la solution, pour le musicien, et dans la vie, est souvent à l'intérieur. Il m'a beaucoup aidé à prendre du recul sur mon apprentissage de la basse. Son répertoire regorge de pépites.
  • Ron Carter
  • : tout ce qu'il joue me touche direct au coeur. J'essaie de percer à jour ce qui me fait cet effet-là, sans réussir à comprendre. Je n'ai jamais vraiment apprécié le jazz traditionnel avant de l'entendre lui. C'est LA voix de la contrebasse.
  • Daniel Balavoine
  • : il est un guide qui nous montre qu'on peut tout faire avec des beaux textes en français. Sa musique est de premier abord très accessible, et au fil des écoutes, on se rend compte de la richesse des arrangements, des superbes lignes mélodiques des musiciens, des libertés qu'il s'accorde dans la construction.
  • Led Zeppelin
  • : c'est pour moi l'exemple de la carrière de groupe. Chaque membre a son identité, le répertoire évolue au fil des sorties, et s'adapte et change complètement du studio à la scène, d'une tournée à une autre.
Morceaux à faire découvrir
  • Lookin' Up / M. Miller & K. Garrett & M. Petrucciani & B. Lagrène & L. White / Dreyfus Night In Paris
  • : un monstre de vie, de 15mn tout de même! Les solos sont éblouissants et vibrants et on ne s'ennuie pas une seconde. Voilà ce qu'est le Jazz!
  • The Gardens of Babylon / Jean-Luc Ponty / Imaginary Voyage
  • : mon morceau préféré de Ponty, complètement hypnotique.
  • Ten years Gone / Led Zepplin / Physical Graffiti
  • : si une musique devait décrire la mélancolie, je pense que ce serait ce morceau. Une belle ballade.
  • Symphonie n°9 en mi mineur: Largo / Dvorak / Symphonie du Nouveau Monde
  • : la symphonie du voyage, de l'espace, parfaitement mise en musique par Dvorak.
  • Rest' là Maloya / Alain Peters
  • : quand le maloya rencontre le jazz. Une chanson qui vous touche directement au cœur, un chef-d’œuvre inattendu.
Livres
  • La quête d'Ewilan, Les mondes d'Ewilan, Le pacte des Marchombres / Pierre Bottero
  • : si une œuvre a su marquer mon adolescence, c'est bien celle-ci. Bien au-delà du statut de littérature jeunesse, il y a une grande profondeur dans l'oeuvre de Pierre Bottero, qui se prête aux lecteurs de tous âges.
  • Le Guerrier Pacifique / Dan Millman
  • : un ouvrage qui chamboule notre vision de soi, qui nous incite à chercher des réponses, en nous.
  • L'éveil des Sens / Jon Kabat-Zinn
  • : la référence pour découvrir le champ immense de la pleine conscience, et se donner les clés pour l'exercer.
  • Effortless Mastery / Kenny Werner
  • : le guide pour apprendre ce qui nous retient d'être libre dans notre musique, nous mettre sur la voie pour trouver notre voix à l'instrument, éveiller notre véritable musicalité.
  • The Music Lesson / Victor Wooten
  • : c'est en quelque sorte Le Guerrier Pacifique version musicale. Une invitation à l'introspection et à l'ouverture.
Séries Animés
  • Death Note
  • : Pour moi le numéro 1 des animés. L'enquête parfaite, où s'entremêlent les intrigues, les machinations, et malgré la touche de surnaturel, parfaitement vraisemblable. Et meilleure bande son!
  • Dragon Ball
  • : sous l'aspect enfantin, c'est une vraie série d'aventure, avec plusieurs niveaux de lecture, et beaucoup d'humour.
  • Gundam Wing
  • : ma première série de Mecha, avec déjà des thématiques sociétales et éthiques dures. Elle a plutôt mal vieilli, mais garde une place chère à mes yeux pour ses personnages, et bien sûr, ses openings!
  • Full Metal Alchemist
  • : série qui date, que j'ai démarrée pourtant très tard (merci Netflix). Elle est souvent très dure et intense émotionnellement, avec des thèmes lourds qui sont abordés, mais l'intrigue est toujours prenante.
  • South Park
  • : cette série a réussi l'exploit de créer à elle seule une vraie contre culture commune à toute une génération. Sous la couverture de l'humour, elle met la société face à ses plus grands travers et ses incohérences, et à ce qu'elle produit parfois de pire.
Jeux Vidéos marquants
  • Pokémon Or/Argent: les Pokémons, souvenir de l'enfance, mais au fond, une vraie révolution vidéoludique, qui a popularisé tout le concept de la collectionnite dans le jeu vidéo.
  • Metroid Prime: l'aventure en FPS! L'exploration solitaire d'une planète inconnue, faire face à des dangers inattendus, tout ce dont on peut rêver.
  • Secret of Mana: la narration et l'univers m'ont tout de suite plu. Rien à faire, ce jeu ne prend pas une ride, et est toujours aussi agréable et prenant à jouer.
  • Golden Sun: je reste un indécrottable de l'aventure avec un grand A, ce jeu en deux épisodes est une vraie réussite. Et des thèmes qui me restent aujourd'hui encore en tête.
  • The Legend of Zelda: Twilight Princess: Oui, il n'invente rien en terme de gameplay, mais j'ai tellement été aspiré dans l'histoire, les magnifiques environnements et les personnages attachants. J'en ai pleuré sur le générique de fin.

Son matos

Fender Jazz Bass Marcus Miller Signature
Micros EMG JVX
Cordes  Daddario ECB81 (filet plat)

Amplification

Mark Bass Little Mark III
Mark Bass 104-HF Standard

Effets

Dunlop CryBaby Bass
Green Rhino Overdrive
MXR M83 Bass Chorus
MXR M169 Carbon Copy Analog Delay